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MARIE-CLAIRE - NOVEMBRE 2025

Comment recycler ses bijoux en or pour en obtenir de nouveaux sans passer par la case achat ?

PAR MARIE DILOU
Revendre un joyau n'est pas la seule option pour donner une seconde vie à un accessoire précieux. Délaissée jusqu'à peu malgré son caractère écolo et économique, la technique de transformation de bijoux regagne du terrain. Décryptage.

 

Que faire d'un bijou abîmé, de celui qui ravive de mauvais souvenirs ou qui est tout simplement démodé ? Si les plus créatif-ive-s passent par l'étape du "Do It Yourself" afin de réinventer elleux-mêmes la fonctionnalité dudit accessoire, pour transformer radicalement un joyau, l'alternative à privilégier reste la méthode à laquelle recourraient les ancien-ne-s : la rénovation.

RESSUSCITER UN BIJOU ANCIEN

Fut un temps, il était courant de se rapprocher de son joaillier ou de sa joaillière de quartier, qui était chargé-e de fondre la matière du bijou pour en recréer un neuf. Sauf que les consommateur-rice-s se sont détourné-e-s de cette pratique.

Par effet boule de neige, les bijoutier-ère-s aussi ont mis de côté ce service, encore en vigueur dans quelques rares grandes maisons de joaillerie. Mais l'idée de réemployer un bijou personnel regagne en popularité alors que monsieur et madame Tout-le-monde manifestent le besoin d'apporter du sens à leur consommation.

D'ailleurs, les célébrités adoptent aussi cette pratique ! En 2024, fraîchement divorcée de Sebastian Bear-McClard, la mannequin Emily Ratajkowski fait le choix de déconstruire sa bague de mariage pour la transformer en deux solitaires distincts. Elle doit remercier la joaillière new-yorkaise Alison Lou pour ce qu'elle a surnommé ses "divorce rings".

C'est comme cela que la it girl a trouvé une façon de tourner la page sur cette union. Pour d'autres, la transformation de bijoux sert à ressusciter un bracelet désuet ou à retaper un collier dans l'optique de le façonner au goût de la personne choisie pour en hériter. En somme, les raisons de vouloir réinventer ces accessoires sont infinies.

Pour se lancer, il y a quelques étapes à suivre. En premier lieu : s'orienter vers un artisan-e ou une bijouterie à condition que celle-ci dispose de son propre atelier. C'est le cas de la marque française Maty. "Nous avons toujours compté un-e gemmologue ou un-e diamantaire dans nos effectifs, car il est capital d'avoir l'œil d'un-e spécialiste", fait savoir Alain Belot, le directeur des collections.

Basée à Besançon, l'entreprise possède son atelier de création depuis 1993. "De nombreux-euses client-e-s nous demandent de refabriquer des bijoux. Souvent, ce sont des bijoux de famille en or. En termes de coût, les réinterpréter revient moins cher [qu'en acheter un neuf] puisque la personne vient avec la matière première. Il y a en revanche des exceptions lorsque le client ou la cliente souhaite rajouter des pierres précieuses qui sont alors fournies par nos soins."

Les matériaux qui peuvent être transformés ? L'or, l'argent, le platine. En somme, des métaux naturels, dixit Alain Belot. Ce dernier souligne toutefois que c'est principalement l'or que retravaillent les joaillier-ère-s dans ce type de projets, car il est impérissable et se recycle à l'infini.

MODE D'EMPLOI

Côté modèles, tous les bijoux peuvent être réinventés. Cela va du bouton de manchette à la bague de fiançailles en passant par le collier, le bracelet, l'ear cuff, une ou des boucles d'oreilles en paire, etc. "Certaines pièces sont moins portées qu'avant. Par exemple, récemment, une dame nous a apporté une broche ancienne non siglée. Elle avait pour projet d'offrir à chacune de ses six petites-filles un bijou décliné de cette broche-là. Nous avons réussi à obtenir six nouvelles créations à partir du joyau." Ce projet d'envergure, c'est Hanna Darmon, fondatrice de la marque de joaillerie éthique Mansano, qui l'a mené.

Dans sa boutique, la créatrice ne travaille que l'or recyclé 18 carats. En plus de dessiner des collections saisonnières, elle permet à sa clientèle de refabriquer des joyaux déjà existants à condition qu'ils soient dans sa matière de prédilection. Elle s'organise ainsi depuis le lancement de sa bijouterie made in Paris, motivée, entre autres, par des raisons éthiques.

"Nous réutilisons vraiment 100 % de la matière, ce qui signifie qu'il y a un impact quasiment nul en termes environnementaux." Chez elle, il suffit de venir en boutique, de présenter le bijou à réinventer et de laisser l'expert-e élaborer un croquis du futur accessoire. Bien sûr, si le ou la cliente souhaite soumettre son propre dessin, iel est le ou la bienvenue.

En retour, un croquis et un devis sont soumis à l'acheteur-euse. L'atelier de création de Maty utilise même une imprimante 3D capable de produire des prototypes en cire pour que les client-e-s visualisent d'emblée le nouveau design. Les délais de fabrication, eux, varient selon la complexité de chaque projet.

Concrètement, le processus technique s'étale sur plusieurs étapes communiquées au préalable aux client-e-s : dessertissage du bijou d'origine s'il était incrusté de pierres (dans ce cas, la qualité de celles-ci est analysée par des gemmologues), fonte à partir de laquelle est obtenu l'or réutilisable et prêt à être travaillé sur la base du dessin souhaité. À noter que pour les pièces sertis de pierres vieilles et abîmées, ces dernières peuvent nécessiter un repolissage ou être retaillées, ce qui augmente forcément le coût final.

Il est important de retenir que le champ des possibles est infini. Une bague peut devenir un collier, un bracelet peut être métamorphosé en boucles d'oreilles... Et s'il n'y a pas assez de matière pour créer le nouvel objet de désir, pas de problème, les artisan-e-s se chargent de fournir le métal manquant dont le coût est intégré à la note finale.

UN PROCÉDÉ GAGNANT-GAGNANT

Outre la dopamine que procure l'idée d'offrir un glow up à son bijou, la rénovation séduit, parce qu'elle est économique. L'envol du prix de l'or est tel qu'il est bien plus intéressant aujourd'hui de réinterpréter l'une de ses possessions plutôt que d'acheter du neuf. Et si les tarifs oscillent selon les projets, du côté de Maty, la clientèle est informée que le métal de leurs bijoux représente entre 40 et 70 % de la valeur de l'objet. C'est le reste, à savoir la main d'œuvre, qu'iels paieront donc. "Chez nous, nous appelons cela "la façon". Ce terme désigne le travail des bijoutier-ère-s qui doivent former la pierre, mettre les griffes, constituer le produit... Cela reste néanmoins nettement moins cher que d'acheter un nouvel article."

Attrayante pour les consommateur-rice-s, cette méthode stimule les fabricant-e-s. C'est la créatrice Hanna Darmon qui l'explique : "Aucun projet ne se ressemble, mais tous ont une histoire très spécifique. Pour nous, c'est à chaque fois une plongée passionnante et touchante dans l'univers de notre clientèle et de ce qui a du sens pour elle."

Ce service fidélise de plus en plus de personnes, qui n'hésitent plus à revenir vers le ou la même artisane pour réaliser d'autres accessoires. 

"Il y a une grande part d'écoute et d'accompagnement dans ce processus"

Un aspect moins technique s'illustre à travers la métamorphose de bijoux :  l'intime relation nouée entre le ou la joaillière et l'acquéreur-e. "Il y a une grande part d'écoute et d'accompagnement dans ce processus", raconte la fondatrice de Mansano. "Nous rentrons pleinement dans l'histoire de notre interlocuteur-ice qu'il faut rassurer tout au long du processus. S'il y a des réticences, parce que le bijou est trop chargé en émotions, il vaut mieux encourager la personne à prendre son temps et à revenir à un autre moment. Il se peut que le projet prenne un, deux ou trois ans à se faire, mais il se fait au bon moment pour le ou la cliente. Nous nous adaptons à la temporalité émotionnelle de chacun-e."

De quoi instaurer un climat de confiance avant de vérifier la célèbre citation attribuée à Antoine Lavoisier : "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme". Une parole d'or.

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